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Yves - Richez

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Coaching "secret etc."

le 09-10-2007

Cet article a été rédigé pour le livre blanc de FocusRH dans le cadre du salon Focus RH, le 16 octobre 2007.

Coaching, « secret, etc. (1)

Le coaching et sa professionnalisation, tout est-il dit ?

J’observe depuis dix ans la passion du coaching en France, les oppositions, les critiques, les attaques, les alliances, les « chapelles », les gourous, les bonnes volontés, etc. En moins de 10 ans, ce « nouveau » métier possède sa nomenclature. Dernièrement, une « norme de compétence » ISO du coaching vient d’être validée auprès de l’AFNOR (2). Chacun, ainsi, semble chercher la bonne démarche, l’ultime certification visant à rassurer les organisations, les entreprises, les futurs coachs, les acheteurs, les pouvoirs publics vis-à-vis de ce métier.

Pourtant, le coaching porte nombre de paradoxes, d’erreurs théoriques ou d’amalgames qui contribuent à entretenir ou alimenter un flou dans lequel nombre d’opposants s’engouffrent parfois avec virulence, tels les auteurs (3) du livre « l’Empire des Coachs », qui considèrent le coaching comme un « recyclage néolibéral de la psychologie humaniste, le coaching aide les adolescents attardés que nous sommes à ne pas nous opposer au cours du monde, à dire oui à ce qui advient » (Gori, Le Coz, 2006, p. 23-24). Le coaching s’explique mais expliquer (expli-care-) signifie « lisser les plis ». Le coaching, à l’origine une posture complexe, est devenu un outil normalisé. Ce qui est normalisable se certifie. Or le coaching n’est ni un outil, ni une technique, mais bien une posture humaine et professionnelle spécifique. Le coaching actuel français relève d’une démarche empirique à laquelle n’échappe quasiment aucun des auteurs de référence aujourd’hui. Par exemple, il est étonnant de constater qu’aucun ouvrage de coaching ne prend le temps de définir l’accompagnement, alors que certains auteurs tels que Maela Paul (4) proposent une réflexion théorique de grande valeur à ce sujet. Il est aussi possible de noter l’oubli d’expliciter ce qu’est un potentiel humain. 

Le coaching, constat d’un syndrome français ? La simplifiance.

La simplifiance, dite autrement le « mal-penser », terme pour lequel E. Morin a largement opéré une fonction critique, s’oppose au « travailler à bien penser » (5) : relier, décloisonner les connaissances, chercher une connaissance transdisciplinaire, dépasser le réductionnisme, etc.

Comme le souligne Jean-Pierre Fortin (6) lors du salon RH du 5 juin 2007 (7), il n’existe encore à ce jour aucune théorie reconnue par la communauté internationale des praticiens-chercheurs en coaching. Pourtant la France normalise un métier sur des critères en partie erronés. Lors de ma recherche-action à l’Université de Tours, j’ai pu observer l’amalgame entre potentialité et personnalité, mais aussi l’amalgame entre : théorie, modèle, méthode, technique, outil. […] J’ai noté l’inexistence du principe d’efficience dans l’émergence d’un potentiel. Parmi les auteurs étudiés, l’un d’entre eux dit qu’il est difficile de comprendre l’exacte raison pour laquelle certaines entreprises rejettent le coaching (Arrivé, Frings-Juton 2004, p.55). Cela se comprend : il s’est avéré que les premiers « théoriciens » du coaching, par de bonnes intentions et en tentant peut-être rapidement de se légitimer, ont tiré directement sur la pousse (8). En normalisant, idéalisant et rationalisant une posture complexe, le coaching a, me semble-t-il, montré un syndrome courant dans la construction d’une idée, la simplifiance.

Comment certifier la mètis du « coche » ?

Le monde du coaching accepte l’idée que le coaching est issu du « coche » qui conduit son voyageur à destination. Mais il aurait été intéressant de souligner qu’à une époque où les autoroutes et le GPS n’existent pas et où le « coche », à l’air libre (pluie, vent, neige, grêle, soleil), doit diriger de vrais chevaux sur un chemin chaotique, celui-ci devait mobiliser une qualité majeure : la mètis9, cette intelligence de circonstance (circum-stare – ce qui se tient autour de) qui échappe à la norme. Pourtant, tout coach sportif possède de la mètis, soit : la dextérité (l’euchéreia), la sûreté du coup d’œil (l’eustochia) et la pénétration de l’esprit (l’agchinoia). La mètis, cette intelligence pratique (incertifiable), semble ainsi manquer cruellement dans la norme idéologique du coaching actuelle.

Certification et/ou validation des acquis de l’expérience ?

Après trois ans de recherche-action (10) et en m’appuyant sur une démarche transdisciplinaire, j’ai proposé l’idée d’une professionnalisation (11) des coachs dont voici un court extrait :

  • privilégier la piste de la validation des acquis et de l’expérience pour non pas certifier, mais valider le parcours de vie d’une personne aspirant à devenir coach professionnel. La composition du jury serait de type transdisciplinaire et transculturel ;
  • organiser un retour réflexif sur l’expérience à partir d’un support méthodologique dont l’orientation peut-être : épistémique (théorisation de la pratique), pratique (exploration et conscientisation des modes d’interaction personne /environnement), ou symbolique (herméneutique instaurative du sens, symbolique de l’expérience) ;
  • solliciter une production personnelle par un support cohérent avec le niveau d’expérience/de formation ;
  • articuler le personnel et le collectif dans un échange socialisé à partir des productions personnelles ; médiatiser le croisement et l’échange des productions personnelles pour  pluraliser les points de vue, activer la prise de conscience des diverses constructions de la réalité ; 

etc.

Une fonction critique ne peut se faire que parce qu’il y a un antécédent. Il faut respecter le travail des pionniers, et ainsi rester modeste. Le coaching est loin d’être parfait. L’enjeu est de préserver la complexité d’une posture ancestrale et pas si « nouvelle » que ça. Je pense même que le coaching va connaître une profonde évolution dans la décennie à venir. A toute idée sa biodégrabilité, telle est la garantie contre l’idéologie. Alors, « Coaching, secret etc. »

Yves Richez


Notes de page

[1] J’emprunte volontiers « secret etc. » au livre de Yannick Noah. En effet Y. Noah souligne avec justesse que le plus important dans l’accompagnement d’un sportif ne se voit pas.

[2] AFAQ AFNOR Certification (Groupe AFNOR), Fédération Francophone de oachs Professionnels compétences techniques, ses "postures". Cette norme est nommée « ISO 17024 : 2003 »

[3] Gori R, Le Coz P., L’empire des coachs, une nouvelle forme de contrôle social, Albin Michel, 2006

[4] M. Paul, L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique, L’Harmattan, 2004

[5] E. Morin, La Méthode T. 6 Ethique, Editions du Seuil, 2004

[6] JP Fortin est Président de Coaching de Gestion Inc. (Québec), il est Maître-Coach Certifié (MCC) de l'International Coach Federation et Coach Exécutif Certifié (CEC) de la Worlwide Association of Business Coaches.

[7] En présence de Martine Volle, Présidente d’ICF France et d’Yves Richez, Praticien-Chercheur, Coach et directeur associé de SUCCESS Communication et Leadership™.

[8] Je fais ici référence au principe du non-agir chinois, incarnant le principe d’efficience (Jullien)

[9] Mètis est à l’origine une déesse Grec, elle symbole l'intelligence de l'action

[10] Y. Richez, Emergence et actualisation des potentiels humains : contribution à l’étude de l’accompagnement et à la professionnalisation des coachs, 2006, Université de Tours, 399. p.

[11] Je me suis opposé amicalement mais fermement à la certification « froide » comme unique méthode pour « être coach ». La certification est construite sur des postulats empiriques d’auteurs d’écoles de coaching et n’a aucune valeur épistémologique.




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