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Yves - Richez

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Coaching : lorsqu'en se fixant un objectif, l'objectif nous fixe à lui

le 26-01-2009

 Article publié pour le site focusrh.com le 04/11/2008        

Il semble intégré que l’atteinte d’un objectif est un aspect incontournable dans le coaching.
Pourtant, mon propos sera de prendre une certaine distance avec « l’objectif à fixer ».

Fixer un objectif pour mieux définir les actions à mettre en oeuvre
Le propos commun dit que fixer un objectif permet de définir les actions à mettre en œuvre, les étapes à suivre, les indicateurs de mesure et d’évaluation à déterminer pour y arriver. C’est aussi une étape naturelle dans l’atteinte d’une performance. Il y a les objectifs M.A.L.I.N.S. (mesurable, accessible, limité, intéressant, nouveau, stimulant), les SMART, etc. Bref, il existe des méthodes de définition d’objectif(s) toutes aussi pertinentes les unes que les autres. Ce sont là des approches « intuitives », empiriques, conceptualisées et/ou modélisées que l’on pose sur l’objectif.

Un objectif, c'est avant tout un espace identifié
La notion d’objectif entend, me semble-t-il, un espace identifié, donc imagé à atteindre. Ce qui pose la question de ce que « voit » l’autre et éventuellement quel « symbole » s’y rattache. Vient ensuite l’idée de « l’objet », c’est à dire cette « chose » que l’on maîtrise, ou a défaut, qu’il est possible de déployer en outils, en techniques, en méthodes maîtrisées voir (donc) maîtrisables. Je pourrais m’attarder sur le fait de valider si l’objectif est bien celui du coaché, ou, ce qui arrive de temps à temps, celui d’un « autre » que le coaché. Enfin, il y a l’idée (soutenue) que l’atteinte de l’objectif est dépendante directement du coaché ; j’entends le fait qu’il possède ou non les capacités, les potentiels, les compétences pour l’atteindre.

Quand l'objectif nous fixe à lui
Derrière cette expression commune, « fixer un objectif » se cache une réalité toute autre, un possible piège pernicieux. Ce piège est celui où « l’objectif nous fixe à lui ». Pourquoi ? Parce que se fixer un objectif, c’est orienter notre être (cerveau, émotion, corps) dans son entier sur l’objectif. Or, nous savons que le cerveau ne fait pas la différence entre ce qui est réel (à distinguer du « vrai » ou de la « réalité ») et ce qui ne l’est pas (Anderson). Autre fonction remarquable du cerveau, c’est son principe de rétropropagation neuronale, c’est à dire, son aptitude à réduire l’écart entre la réponse désirée et la réponse actuelle. En cela, Lorsque le coaché fixe un objectif et que le coach l’aide à le faire avec grande précision, il y a le risque que le cerveau fixe l’objectif et en conséquence à ce que l’objectif se fixe au cerveau, ou du moins à son activité (mentale, psychologique, émotionnelle, intelligences).

Quand, fixé à l'objectif, nous devenons aveugle à l'opportunité
Le coaché, fixé à son objectif, prend le risque de ne plus « voir » l’opportunité. Et le coach, soucieux de l’aider à l’atteindre, va déployer un questionnement, une méthodologie, des techniques pour l’y aider, et ce, jusqu’à traiter les problèmes que cette fixation entraîne (peur, stress, doute, questionnement, angoisse etc.), alors que l’objectif lui-même est Le problème. Aussi, le coaché « guette » le moment correspondant à son étape. Ce moment, autrement nommé kairos (temps opportun), est cet instant entre le « pas encore » et le « déjà plus ». Toutefois la (possible) problématique du kairos, c’est qu’il pose (entre autre) l’idée d’une attention attentive à la situation, au temps à maîtriser, à la « chance » à ne pas rater. Ce qui, presque inévitablement, conduit le coaché à se demander s’il en est capable, s’il en a les moyens, voire (pire) si c’est son destin ; ce qui se traduit par le « tragique » : « peut-être n’en suis-je capable ? », « peut-être n’ai-je pas la personnalité qu’il faut ? » « Peut-être n’est-ce pas pour moi ? », alors il lui faut en faire le deuil, en tirer les leçons, l’accepter, voir de comprendre (c.a.d. poser un « savoir » sur), puis... se fixer un nouvel objectif plus facile à atteindre.

Appréhender, plus que fixer l'objectif pour en favoriser la souplesse en temps opportun.
L’objectif n’est pas l’objet à atteindre, il est l’espace dans lequel le coaché avance. C’est pourquoi, « on » ne fixe pas un objectif, « on » appréhende un espace à atteindre. La différence entre « fixer » et « appréhender », c’est qu’appréhender pose l’idée de « perception », soit, l’attention aux potentiels nées de la situation (Jullien), aux opportunités. C’est là, peut-être, qu’il est possible de penser l’objectif dans son impensé. Par impensé, j’entends l’idée finalement simple, d’un aspect autre que celui existant.

Par exemple, si l’objectif s’appréhende plus qu’il ne se fixe, cela entend l’idée de poser en amont les conditions initiales favorables pour que, par propension naturelle des choses (Jullien), le processus croisse naturellement de lui-même. Le coaché n’est pas le seul « responsable » de l’atteinte de l’objectif, il en est à la fois l’acteur et l’accompagnateur. Ce qui favorise aussi et/ou ainsi le processus de rétropropagation neuronale (voir ci-avant), en cela, n’étant plus fixé sur, le cerveau ne se fixe plus sur. Ce faisant, il reste disponible à l’ensemble des « indicateurs », des « opportunités » qu’ « il » voit ou perçoit dans l’environnement.

En synthèse :
  • Favoriser l’idée d’ « appréhender » un objectif plus que de le « fixer ».
  • Garder à l’esprit que le cerveau ne fait pas différence entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.
  • Préserver l’idée (simple) du principe de rétropropagation neuronale, soit le principe neurologique selon lequel le cerveau (comme un grand) réduit l’écart entre la réponse désirée et la réponse actuelle (La « nuit porte conseil » en est l’illustration la plus connue). Son seul problème étant les « idées » qu’on lui oppose.
  • Apprendre à poser les conditions initiales en amont de l’objectif
  • Identifier les potentiels de situation à faire croître.
  • Garder à l’esprit que l’objectif n’est pas « un objet », mais un « espace » dans un autre espace (la vision, le rêve, la quête etc.)
  • Entretenir l’idée que l’objectif est co-dépendant du coaché et de son environnement. En cela, il est « souple » et disponible à l’opportun.
  • Enfin, l’objectif est la fois dans la tête (Psukê), mais aussi dans la Nature (Eidos), aussi, ne pas focaliser (uniquement) sur cette tête, qui, finalement cherche à traduire au mieux ce que la Nature lui fait (re)sentir.

À propos de l’auteur :

Yves Richez est Fondateur et directeur associé de SUCCESS Communication & Leadership™.  Il est pratiquant expérimenté et accompli dans les arts martiaux traditionnels Sino-vietnamien.
Il est spécialisé dans le domaine de l’accompagnement des potentiels humains. Il propose en 2006 un travail de recherche-action dans le domaine du potentiel humain et développe une théorie visant à expliciter la complexité qu’entend la posture du coach (Master 2 professionnel en fonction d’accompagnement, 399 p.).
Il occupe la posture de coach depuis 1995.
Yves est responsable du comité scientifique de l'ICFF (International Coach Federation France), chroniqueur pour le site focusrh depuis 2007 et pour la revue Qualitique depuis 2005.
Il est l'auteur de Louis du vieux continent (Ambre, 2005)
 
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