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« Chaque expérience au cours de notre expérience s’accompagne d’un certain degré d’émotion » Damasio 2003, p. 148
Depuis toujours, soit en tant que personne, soit en tant qu’accompagnant, je constate que la décision se trouve au cœur (ou presque) des étapes rencontrées dans mon histoire personnelle et professionnelle. Décider s’avère être un processus complexe de type tripolaire (1).
La décision est avant tout un processus interactionnel. Dans ma pratique, j’observe que le « pire » ennemi de l’accompagné resteses idées, ses croyances. C’est-à-dire la manière dont « il » traduit ce qu’il voit du réel en vérité. (2) A cela, ajoutons une intelligence émotionnelle plus ou moins développée, et l’acte décision s’avère vite « compliqué ».
« Le terme rationnel ne renvoie pas à un raisonnement logique explicite, mais plutôt à une association avec des actions et des résultats qui sont bénéfiques pour l’organisme témoignant de ces émotions. » Damasio 2003, p. 153
Décider a été durant des siècles un acte rationnel épuré de toute émotion. Le célèbre « Cogito ergo sum » de Descartes reste encore une « référence » intellectuel. Or nous savons maintenant (3) que la décision est tout sauf un acte « intelligible et froid ». Le « Cogito ergo sum » de Descartes doit désormais s’incliner devant un possible « Je ressens donc je suis ». Merci Monsieur Damasio.
La décision est liée au processus émotionnel. Sans émotion, pas de décision, donc pas de choix...
Ainsi, que ce soit dans un choix de vie professionnel, dans un choix de stratégie d’entreprise, de recrutement, la décision relève d’une nouvelle rationalité (par opposition à la rationalité de Descartes). Quand je dis nouvelle, je souligne l’idée d’une décision ni froide, ni intelligiblement « objective ». Enfin, nous pourrons garder à l’esprit qu’il y a, dans l’acte de décision, un mélange subtil de conscient et de non-conscient (4) d’explicite et d’implicite que l’accompagnant veillera à identifier.
Il est fréquent d’entendre : « Il/Elle a fait un mauvais choix » (5). Or, rappelons que le choix (au cœur de la décision) est avant tout une appréhension de la complexité que nous pourrions répartir en trois niveaux :
1. Un niveau intrinsèque : ce que « je » possède de manière naturelle ou acquise,
2. Un niveau historique : ce que « mon » histoire m’enseigne comme savoir(s),
3. Un niveau extrinsèque : ce que l’environnement met à « ma » disposition.
Je ne suis pas sûr que nous fassions des mauvais choix dans la vie, car au moment où nous les réalisons, nous les pensons « bons ». En cela nous amalgamons (souvent) la décision et le résultat. En effet, il est possible de faire un « bon » choix, dont le résultat sera « négatif, et inversement.
Nous faisons nos choix à partir de niveaux d’informations plus ou moins « colorés » par notre état émotionnel du moment. C’est là où l’accompagnant (ici la posture n’a que peu d’importance) aide à la délibération dans la décision.
Voici quels pourraient être les différents items relatifs à un processus décisionnel (6) :
• Les faits
• Les options proposées
• La représentation des résultats futurs
• L’expérience émotionnelle antérieure (7)
• Les stratégies de raisonnement
• La mobilisation d’une ou plusieurs formes de l’intelligence
• La disposition naturelle des choses (la circonstance, le moment opportun, la conjonction des situations)
• L’appréhension de l’environnement, des autres
Voici quelques questions clés qu’il est possible de (se) poser dans un processus décisionnel (8) :
• Quelle est la situation au réel (9) ?
• Ai-je déjà connu /vécu ce type de situation ?
• Si oui, quels souvenirs émotionnels en ai-je ?
• Comment ces émotions se sont-elles manifestées : type de décision, type d’action, type de parole, type d’attitude ?
• Les options choisies ont-elles été positives ? Comment ai-je capitalisé cette expérience ?
• Qu’est-ce qui me fait dire cela ?
• Si oui, cette option est-elle pertinente ici ?
• Si non, comment puis-je identifier là où mon choix était erroné ?
• Quelle option puis-je choisir, qui me semble acceptable ?
• Si je me projette dans un temps court, puis à moyen terme, que « vois-je » de moi ?
• En prenant cette décision, que suis-je prêt à perdre ?
• Suis-je aussi prêt à gagner ?
• Sur quelle(s) disposition(s) naturelle(s) autour de moi puis-je m’appuyer ?
• Quelle est la décision la plus pertinente pour moi ?
• Etc.
La posture de l’accompagnant dans un acte de décision est primordiale.
Voici quelles seraient les zones d’attention et de vigilance :
• L’effet Pygmalion généré par l’accompagnant (la manière dont « je » regarde l’autre, modifie sa perception de lui, du monde)
• Le questionnement, favoriser un questionnement de type « explicitation (10) »
• La bienveillance (11) (sans intention (12) ou projet caché sur l’autre).
• Le questionnement de la question (forme de maïeutique)
• Favoriser le développement des chaines d’événements (13) réalistes à partir des faits. Eviter les chaines d’événements de types « projectives » (14)
• Conscientiser chez la personne l’état émotionnel dans lequel elle se trouve lorsqu’elle amorce son processus de décision
• Savoir identifier une « boucle récursive » bloquante chez la personne et le cas échéant, renvoyer à une compétence autre que celle du coach (15)
Pour une possible conclusion
Décider c’est entrer en mouvement. C’est un processus de mobilité vers un quelque chose. La décision se réalise « chemin faisant ». Il n’est pas rare que je propose à l’accompagné de marcher (16) pour ses décisions importantes. Décider ne peut être uniquement un acte lié aux « idées ». Les gens que j’accompagne sont souvent « brillants ». Ils pensent « bien » donc (souvent) « trop ». Ils sont (souvent) prisonniers de leurs savoirs. Je trouve (finalement) amusant de constater que pour décider avec justesse, il faille désapprendre nos certitudes...
Yves Richez
tous droits réservés
yves.richez@success.tm.fr
http://www.success.tm.fr
http://blog.youman.fr/yvesrichez
(1) Je fais référence aux travaux de Gaston Pineau sur la tripolarité en formation (adaptée de Rousseau) : l’autoformation, l’hétéroformation, l’écoformation.
(2) La plupart de ses vérités étant liés au(x) paradigme(s) l’ayant façonné tout au long de son histoire de vie.
(3) Principalement aux travaux d’Antonio R. Damasio (2001, 2003) ou encore A. Berthoz (2003)
(4) Que je distingue volontairement de l’inconscient freudien.
(5) Rien que la notion de « mauvais » pourrait à elle seule faire l’objet d’un article. Je renvoie toutefois le lecteur à l’ouvrage de François Jullien : du mal et du négatif.
(6) Que le lecteur ne voit pas dans cet énoncé un ordre particulier.
(7) Damasio insiste sur le rôle des marqueurs somatiques dans leur fonction liée à la décision (ref. L’erreur de Descartes, 2001)
(8) Ces questions sont extraites de notre programme de formation « intelligence émotionnelle ».
(9) C’est-à-dire dans les faits et non dans ce que j’en traduis.
(10) Ref. mon article « L’entretien d’explicitation, une méthode pertinente pour le coach » in focusrh.
(11) La bienveillance n’est pas « vouloir du bien » à l’autre, mais au contraire, être « sans vouloir sur l’autre »
(12) Ce qui ramène à l’attention aux projections et aux transferts possibles.
(13) Il y a l’idée d’un effet papillon dans la chaine d’événements.
(14) D’un côté, la chaine d’événements s’appuie sur des faits observables, de l’autre, sur des représentations.
(15) Je précise, malgré l’amalgame persistant de rallier coaching et thérapie, que le coaching est une posture non thérapeutique. Pour plus de précision, je renvoie le lecteur à l’ouvrage de Gaston Pineau relatif aux postures d’accompagnement « bio-cognitives » (L’harmattan, 1998, p. 15). Ou, pour approfondissement, à ma recherche universitaire (2006, p. 257) - prochainement disponible en ligne http://www.yves-richez.fr (janvier 2009).
(16) Marcher « oblige » à une dynamique bilatérale des aires du cerveau et à une interaction avec l’environnement. De plus, comme le souligne le neurologue V. Ramachandran, le geste enseigne au cerveau, en cela, marcher génère un mouvement qui favorise le « mouvement décisionnel ».
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