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Jean-françois - Bedel

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La métaphore du théâtre (première partie)

le 16-04-2009


Première partie

Évocation du théâtre et de ses rapports avec la vie
(et la cité - "l'archipel"), sa progression historique,
la notion de mimesis et de catharsis,
et l'analyse systémique.

1/ Il n'y a théâtre que quand il y a un regardant
    et un regardé


• Le mot Théâtre vient du grec (theatron : c'est le lieu où l'on regarde, où l'on a des visions, etc…theomai : celui qui regarde).
Et il ne peut y avoir de théâtre que là où la parole est libre (agora (la place publique) et théâtre sont inséparables) .
Le théâtre ne peut fleurir ni dans les mégalopoles, ni là où la parole ne peut être arme, ne peut imposer le silence, créer, être entendue, résoudre les conflits.
La ville, la "polis " est un lieu déterminé, et dans l'espace de globalisation qui tend à s'installer dans le monde, pas de théâtre possible, plus d'identité, plus de reconnaissance de l'autre en tant qu'autre. (Hostis en grec c'est à la fois l'hôte et l'ennemi - le dialogue reste toujours possible, j'apprends de l'autre en respectant sa différence, et non en essayant de l'assimiler, de l'intégrer).

• Massimo Cacciari * développe la belle idée de l'archipel par opposition aux mégalopoles ou aux territoires qui ne deviennent que des zones économiques, comme la future Europe.
(* Massimo Cacciari né à Venise en 1944, diplômé de philosophie, est à la fois philosophe et homme politique. Il a fondé plusieurs revues de philosophie et de culture et dirige aujourd'hui la nouvelle faculté de philosophie de l'université Vita-Salute San Raffaele de Milan, où il enseigne l'esthétique. Maire de Venise de 1993 à 2000, Il échouera aux élections de 2000. Député européen, conseiller régional de Vénétie, il est réélu maire de Venise en 2005).

L'archipel permet aux différentes identités de co-exister, permet de bâtir des routes de l'un vers l'autre : co-existence de plusieurs identités dans un grand système, comme la co-habitation des différentes identités en une seule personne  :
• Une carte des identités de rôle ressemble à un archipel :
Le théâtre est possible dans l'archipel, car c'est le lieu où la parole circule.
L'individu, nous le verrons, doit apprendre à gérer les conflits entre ses différentes identités de rôle, à les reconnaître, les mettre en communication.
• Une notion peut être ici évoquée : celles des systèmes : définition, imbrication, des systèmes les uns dans les autres… poupées russes, analyse systémique.
(Cf. la pensée systémique, l’analyse systémique et l’apprentissage, la notion de projet, indispensable dans l”approche systémique).

• Après être passé par les époques Renaissance, la Cour et les Lumières le théâtre aujourd'hui tente de retrouver cette dimension dans laquelle il n'est ni une mimesis pâle copie du réel, ni une re-présentation de ce réel, mais plutôt une observation, une action, la mise en œuvre d'une autre réalité typique voire dangereuse dans sa dimension de vouloir montrer ce qui irreprésentable dans la vie (de tous les jours)…
... Expérience vitale dans laquelle on retrouve la catharsis pure des grecs, révélation qui fait tomber les masques, qui n'est plus la représentation de la vie, mais une manière de vivre, un rituel provocateur, évoquant les forces magiques, l'inconscient.C'est la catharsis "purgation" médicale des anciens plutôt que la catharsis purificatrice, morale du théâtre des 16 et 17ème (on y mettait en scène les passions (amoureuses) pour montrer leur amoralité en pensant que par identification le spectateur s'en détacherait). (Les grands de la Cour avides de théâtre ne donnent pas l'exemple d'avoir maîtrisé leurs passions, le Roi soleil en premier !).
• Cet aspect magique retrouvé, a abouti aujourd'hui au happening, aux théâtres laboratoires dans lesquels le spectateur devient acteur, participant à part entière, complice des comédiens qui participent à une ascèse entre mystique et thérapie…

• Le théâtre est redevenu en même temps le monde dans lequel se jouent les tragédies qui nous concernent.


Allons-nous dire :
Le théâtre, c'est la vie, ou la vie, c'est le théâtre ?

• Nous prenons dans notre démarche d'accompagnement, la métaphore du théâtre, conscient des interrogations et des polémiques nombreuses et variées qui ont eu lieu en sens inverse au cours des siècles, et que nous venons d'évoquer.

• En reconnaissant la vie comme un grand théâtre (“Une histoire ...pleine de bruit et de fureurs, racontée aux fous par un imbécile…”) en décryptant dans nos vies et notre représentation du monde, des jeux, des scènes qui semblent écrites à l'avance ou par d'autres que nous… Peut-être avons-nous quelques clés pour découvrir ce qui fait sens derrière nos masques de comédies, ce qui se cache derrière ces décors et ces mises-en scène qui sonnent parfois le faux, le fabriqué, le déjà-vu !

• On a dit du théâtre moderne qu'il n'avait pas trouvé ses héros, et que le héros moderne pourrait être l'homme politique, mais un homme politique sachant allier en lui le don d'entraîner la foule dans un projet tout en gardant le contact individuel, bienveillant, compatissant, sage, avec son prochain. (Les quelques héros de théâtre ayant eu cette dimension ont fini mal… dans la "vraie" vie, on les attend toujours !).

• Le héros du théâtre moderne, d'aujourd'hui, c'est vous !
C'est nous tous !
En effet le lieu du spectacle est en nous. Nous ne pouvons plus seulement être spectateur de ce qui nous arrive. Nous pouvons (et devons ?) en être les acteurs, conscients, auteurs et metteur en scène.

• Là est sans doute la condition pour maintenir le dialogue avec nous-mêmes et les autres, pour trouver l'équilibre entre ce que le monde d'aujourd'hui semble proposer :
- D'un côté, globalisation avec perte d'identité et apparition d'un grand système dans lequel notre individualité ne sera qu'un petit pion économique.
(Cette grande tendance est analysée par certains philosophes
comme la tentative du retour vers l'Un (face au multiple)… Retour vers la mère englobante et protectrice ? (discours globalisant du leader),
- De l’autre, retour vers des tentatives de nationalismes plus territoriales que culturelles. Défense de ce que nous considérons comme nos racines, notre identité, et nos appartenances avec l'énergie de la survie et du désespoir, parfois jusqu'au conflit, parfois, jusqu'à en mourir. (volonté de se faire entendre en tant que personne, auprès des sourdes institutions menées par l'économique).

• Notre propos est donc de nous entraîner à faire de nous pendant ces quelques stages, cycles et ateliers, à la fois des regardants et des regardés… Des spectateurs d'abord de nos propres jeux, afin de les analyser, de les comprendre, d'en rire, de s'en éloigner pour mieux les voir, pour moins s'y identifier.
... Puis de regardants, nous redeviendrons des regardés, avec cette fois l'intention de s'engager dans des nouveaux chemins, de nouveaux rôles… Apprendre à être un acteur capable de jouer autrement, différemment, d'expérimenter des rôles nouveaux, des contre-emplois, d'essayer de nouveaux registres…

• Il s'agit d'un parcours personnel que chacun d'entre nous peut suivre en particulier ou en groupe, et qui s'appuie sur des grilles de travail et d'interprétation fines et précises.


 




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