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Un coach pour choisir son avenir

le 20-09-2008

Un créneau prometteur

 

Un coach pour choisir son avenir

 

Sites internet et entreprises privées multiplient les services pour aider les jeunes à opter pour une formation et un métier.

 

En attendant qu'un grand service public de l'orientation voie le jour. Vous avez un enfant pas bête mais cancre ? Une fille paumée après avoir tenté deux fois médecine ? Un fils très bon élève en panne de désir professionnel ?

Sans le savoir, sans doute, vous voilà devenus une cible privilégiée pour les officines privées qui s'engouffrent sur un marché prometteur : celui de l'orientation scolaire, universitaire et professionnelle.

 

Ainsi, les sites proposant ces services se multiplient sur le web. Acadomia, le champion des juteux cours particuliers, coté en Bourse, propose depuis dix mois un service d'aide à l'orientation pour les 16-25 ans, qu'elle va étendre à ses 80 agences. «A la demande des parents», affirment ses responsables.

Solutions Orientation (groupe l'Etudiant) monte en puissance depuis quatre ans avec des consultations sur internet et par téléphone.

Et l'équipe formée au coaching d'entreprise de l'Institut européen de Coaching de l'Etudiant (IECE) voit croître sa clientèle.

Head-ways prévoit de l'orientation dans son pack «coaching scolaire».

 

Les nouveaux acteurs côtoient des institutions plus anciennes, comme le Biop (Bureau d'Information et d'Orientation professionnelle de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris) ou les centres de renseignements spécialistes de l'enseignement privée Fabert et l'Odiep, (Office de Documentation et d'Information de l'Enseignement privé).

 

Le créneau s'annonce prometteur, alimenté par l'angoisse parentale et la hantise du chômage. Sans compter la complexité des filières (9 000 diplômes dans l'enseignement supérieur) et la faiblesse du système public d'orientation (un conseiller pour 1400 élèves) !

 

Certes, aider les jeunes à trouver leur voie à partir de leur psychologie et de leurs compétences, ce n'est pas nouveau.

Mais jusqu'à présent, c'était surtout le fait de praticiens privés recevant une clientèle aisée. «Cela fait trente ans que je fais du conseil en orientation», rappelle Jean-Yves Bellego, psychologue et expert en bilan de compétences. Son cabinet, basé à Paris et à Nantes, est prospère : profession libérale, interdit de publicité, il reçoit 800 jeunes par an rien que par le bouche-à-oreille !

Or aujourd'hui, le service privé d'orientation s'industrialise ! La profession n'étant pas réglementée, le pire côtoie le meilleur. L'offre est très diverse : il y a ces tests à 10 euros qui pullulent sur internet et dont le résultat débouche sur une liste brute de métiers. Ou les prétendus sites d'information sur le web où les jeunes posent les questions à distance et reçoivent des «réponses» qui sont en fait des généralités assorties d'informations publicitaires financées par les écoles. A éviter.

 

Plus séduisant : le sur-mesure, forcément très coûteux, basé sur plusieurs consultations avec un professionnel (psy ou coach). Encore faut-il que ce soit bien fait ! «C'était cher mais sortir ma fille de la panade, ça n'avait pas de prix», dit cette mère, satisfaite, elle.

Pour ceux-là, tout commence de la même façon : avec des tests de personnalité et la mise au point d'un profil psychologique et comportemental, prétextes, en fait, à ouvrir le dialogue. C'est ensuite la qualité des entretiens avec le conseiller, sa connaissance des filières (une vraie science !) et sa culture du monde du travail qui font la différence entre les prestations. Qui, de toute façon, se payent, au prix fort : 420 euros les trois séances chez Acadomia, 445 euros les quatre séances à l'IECE, 450 euros la journée (plus un rendez-vous final de restitution) au cabinet Bellego, 310 euros les quatre séances au Biop. Le service est moins onéreux à Solutions Orientation (199 euros les trois entretiens étalés sur une année) mais avec une sérieuse limite : après les tests sur internet, les entretiens ont lieu... par téléphone. Sans restitution écrite visible par les familles ! C'est au jeune - une fois qu'il a appris, par exemple, qu'il a un tempérament «artiste», «conventionnel», ou «réaliste» - de retéléphoner lui-même pour bénéficier des entretiens à distance. S'il en a envie ! Ce qui n'est pas toujours le cas...

Chacun, bien sûr, vante la qualité de ses méthodes pour attirer le chaland. «L'Etudiant» table sur la richesse de sa documentation ainsi que sur son expérience et sa connaissance incontestables et anciennes des mondes universitaire et professionnel. Acadomia joue la carte rassurante auprès des parents : trois pistes de métiers garanties à la fin de la consultation. «Nous ne préconiserons pas de métiers n'offrant aucune perspective de débouchés», préviennent, prudents, ses dirigeants, comme si c'était une garantie de qualité ! Et l'IECE met en avant la finesse du sur-mesure. Jean-Philippe Riant, son codirigeant, se souvient d'un couple de hauts fonctionnaires effondrés parce que leur fils voulait être journaliste sportif. «Pour éprouver sa détermination, je lui ai proposé de fabriquer un quatre-pages composé de ses articles, qu'il irait distribuer à la sortie du métro. Au bout d'une semaine, il a découvert que ce n'était pas son truc. En revanche, son goût pour les chiffres le destinait à la comptabilité. Je lui ai vendu l'idée de devenir contrôleur de gestion dans un club sportif.»

Bien sûr, les différents acteurs se défendent d'avoir découvert un nouveau filon prospérant sur le désarroi des jeunes et des parents. «Si des structures privées vivent, c'est que l'Education nationale ne fait pas son travail», dit Jean-Yves Bellego. Après la crise du CPE en 2006, le ministère de l'Education a ouvert un grand chantier multipliant les initiatives pour créer un véritable service public de l'orientation. Le voilà donc engagé dans une course de vitesse pour ne pas se faire devancer par le privé. Un beau défi républicain.

 

Dominique Foing

Le Nouvel Observateur




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